Prise de décision: la cohésion est-elle bénéfique ou néfaste?

Lors d’une discussion, vous est t-il déjà arrivé de céder votre point de vue pour vous conformer à celui de vos amis ou collègues? Au-delà de la puissance des arguments déployée par nos confrères, une des raisons qui peuvent nous mener à nous conformer est notre volonté de ne pas être rejeté.

A court terme, bien que cette tentative puisse paraître bénéfique, elle peut conduire à un trouble identitaire, si installé de manière chronique. En agissant de la sorte, nous transigeons notre liberté et authenticité affectant au passage notre estime de soi.

Qu’est ce que la prise de décision?

Nous définissons la prise de décision comme une démarche étapiste menant à une décision. Dans le cadre professionnel, elle intervient généralement lors de réunion, comité, conseil d’administration. Plusieurs facteurs peuvent affecter la qualité des décisions rendues, notamment le degré de cohésion d’un groupe. Dans le cas présent, c’est le phénomène de “pensée de groupe” et son fort degré cohésif qui nous intéresse.

La “pensée de groupe” désigne les mécanismes par lesquels un groupe est amené à prendre ou approuver des résolutions qui ne correspondent pas au jugement individuel de ses membres (1).

Comment identifier le phénomène de pensée de groupe?

Deux symptômes peuvent nous aider à identifier ce phénomène : le manque d’ouverture d’esprit et la pression à se conformer aux exigences du groupe (voir précédemment). Ces deux aspects affectent l’intégrité, la dissidence des participants dans le processus de prise de décision.

Comment la pression de groupe agit-elle sur la prise de décision ?

Généralement, ces symptômes ont pour incidence les dysfonctionnements suivants dans la prise de décision :

  • une incomplétude des évaluations alternatives;
  • une recherche d’informations tronquées;
  • des objectifs irréalistes;
  • une minoration des risques inhérents à la décision prise par le groupe.

Nous résumerons donc le phénomène de pensée de groupe comme étant un phénomène de cohésion intense et non éthique, qui en annihilant la liberté d’expression de ses membres, précipite la prise de décision, et fragilise fortement la qualité des décisions rendue.

Comment résoudre le problème de pensée de groupe?

Trois types de solutions peuvent répondre à la problématique du phénomène de pensée de groupe:

1) l’introduction d’un avocat du diable dans le processus de prise de décision;

[bctt tweet=”L’avocat du diable est un acteur dissident qui stimule la discussion au sein d’un groupe”] (nous l’avons traité dans l’article suivant: Comment devenir un bon avocat du diable).

2) l’implantation des “procédures de délibérations éthiques” comme outil d’aide à la prise de décision;

Quant aux procédures de délibérations éthiques, elles garantissent un espace de discussion dans lequel différents acteurs (managers, employés, actionnaires, etc.) interviennent avec volonté bonne, authenticité, et liberté sur un sujet les concernant. Ces procédures sont cruciales car elles permettent de rendre des décisions de meilleure qualité, et d’influencer positivement la performance organisationnelle. (Ces procédures ont fait l’objet d’un article auquel vous pouvez accéder en cliquant sur le lien suivant: procédure de délibérations éthiques).

 3) la qualité et la puissance des arguments déployés;
[bctt tweet=”Tous les arguments ne se valant pas, il est nécessaire d’établir une critériologie”](évaluation, note, etc.) fiable qui permette de reposer la décision rendue sur des faits et ainsi minorer la portée des idéologies (ceci sera l’objet d’un prochain article)

Il serait tentant de conclure que « l’enfer c’est les autres », comme l’affirmait Jean-Paul Sartre, mais dans une dynamique d’interaction éthique, nous avons également la responsabilité de notre propre agir; soit être l’esclave de nos peurs ou le maître de notre courage. Qu’en pensez-vous ?

(1) Source: sciences humaines